{"id":2681,"date":"2026-01-14T00:01:00","date_gmt":"2026-01-13T23:01:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.operaincerta.it\/OIWP\/?p=2681"},"modified":"2026-01-14T07:30:20","modified_gmt":"2026-01-14T06:30:20","slug":"par-amour-de-la-can","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.operaincerta.it\/OIWP\/2026\/01\/14\/par-amour-de-la-can\/","title":{"rendered":"Par amour de la CAN"},"content":{"rendered":"\n<p>Depuis le 21 d\u00e9cembre dernier, l\u2019Afrique du football retient son souffle. R\u00e9unie au Maroc pour la 35e \u00e9dition de la Coupe d\u2019Afrique des Nations, elle attend de savoir qui sera sacr\u00e9 champion d\u2019Afrique le 18 janvier prochain, dans le stade Prince Moulay Abdellah de Rabat.<\/p>\n\n\n\n<p>La C\u00f4te d\u2019Ivoire, tenante du titre, remet son troph\u00e9e en jeu apr\u00e8s l\u2019avoir conquis sur ses propres terres lors de la pr\u00e9c\u00e9dente \u00e9dition. Assur\u00e9ment, les <strong>Marocains<\/strong> tenteront d\u2019imiter leurs fr\u00e8res ivoiriens. Pour cela, il leur faudra g\u00e9rer une pression monumentale : celle de tout un pays qui attend un sacre continental apr\u00e8s une tr\u00e8s prometteuse <strong>4e place<\/strong> (et non 3e) lors de la derni\u00e8re Coupe du monde au Qatar. Ajoutez \u00e0 cela un contexte politique tendu : la jeunesse marocaine <strong>s\u2019est \u00e9lev\u00e9e<\/strong> contre les sommes faramineuses d\u00e9pens\u00e9es pour l\u2019organisation, quand, dans le m\u00eame temps, elle peine \u00e0 se nourrir correctement ou simplement \u00e0 s\u2019imaginer un avenir au sein de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><strong>La France, l\u00e0 o\u00f9 la passion se r\u00e9verb\u00e8re<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019Afrique est en \u00e9bullition, mais elle n\u2019est pas seule. La France vibre aussi au rythme des matchs de cette comp\u00e9tition pour plusieurs raisons. La principale \u00e9tant, bien \u00e9videmment, l\u2019histoire qui la lie \u00e0 ses anciennes colonies, et notamment \u00e0 tous ces enfants qu\u2019on appelle tour \u00e0 tour immigr\u00e9s, binationaux ou issus de la <strong>diaspora<\/strong>, selon que l\u2019on se trouve d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Alg\u00e9rie, Tunisie, Congo, C\u00f4te d\u2019Ivoire, Cameroun, Comores, B\u00e9nin, Gabon, Burkina Faso, S\u00e9n\u00e9gal, Mali et bien entendu le Maroc : la liste est longue de ces pays qui ont, \u00e0 un moment de leur histoire, fait partie de l\u2019empire colonial fran\u00e7ais ou, a minima, d\u2019un protectorat. Pour certains, l\u2019ind\u00e9pendance date de la fin des ann\u00e9es soixante et s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans un calme relatif. Pour d\u2019autres, comme l\u2019Alg\u00e9rie, la souverainet\u00e9 retrouv\u00e9e a eu le go\u00fbt du sang, vers\u00e9 abondamment pendant une guerre \u00e9ponyme. Aujourd\u2019hui encore, les relations diplomatiques entre les deux pays restent entach\u00e9es par ce lourd pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 donc que de jeunes Fran\u00e7ais d&#8217;origine \u00e9trang\u00e8re se passionnent pour une comp\u00e9tition continentale biennale qui les rapproche un peu plus des racines de leurs parents ou de leurs grands-parents. Prenons le cas de quelqu\u2019un que je connais bien : moi ! N\u00e9 en France de parents ivoiriens, j\u2019ai eu la chance de d\u00e9fendre les couleurs de la C\u00f4te d\u2019Ivoire tout au long de ma carri\u00e8re de joueur de rugby professionnel. Je vibre tous les deux ans au rythme des r\u00e9sultats des \u00c9l\u00e9phants, que j\u2019ai vus soulever la fameuse coupe \u00e0 trois reprises d\u00e9j\u00e0 (1992, 2015 et 2023). Et je suis loin d\u2019\u00eatre un cas isol\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><strong>La CAN des quartiers : symbole de la binationalit\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 tel point que depuis 2019, une comp\u00e9tition parall\u00e8le a vu le jour sur le sol fran\u00e7ais : la \u00ab CAN des quartiers \u00bb. \u00c0 l\u2019initiative d\u2019un ancien joueur professionnel, Moussa Sow (ex-international s\u00e9n\u00e9galais, champion de France avec Lille), ce tournoi se d\u00e9roulait initialement entre les quartiers populaires et les banlieues de la r\u00e9gion parisienne. Les joueurs y repr\u00e9sentaient leur pays d\u2019origine : on retrouvait ainsi les Maliens de Cr\u00e9teil contre les Marocains de Mantes-la-Jolie. Tr\u00e8s vite, le tournoi a pris de l\u2019ampleur pour s\u2019\u00e9tendre \u00e0 toute la France. Des stars du football mondial y apportent leur soutien, de Didier Drogba \u00e0 Karim Benzema. C\u2019est un v\u00e9ritable symbole de la relation complexe et passionn\u00e9e que la France entretient avec ses fils d\u2019immigr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><strong>Le football de club grince des dents<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Cette immigration issue d\u2019Afrique du Nord et subsaharienne ne se contente pas d\u2019organiser ses propres tournois. Elle alimente abondamment les centres de formation des clubs de Ligue 1 et de Ligue 2. La France, reconnue pour la qualit\u00e9 de son apprentissage, abreuve les clubs europ\u00e9ens de fa\u00e7on cons\u00e9quente. Si bien que, quand sonne la grande f\u00eate du football africain, un important contingent d\u00e9serte les clubs pour rejoindre les s\u00e9lections nationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9part fait forc\u00e9ment grincer des dents les clubs europ\u00e9ens, car cette comp\u00e9tition a la particularit\u00e9 de se d\u00e9rouler au beau milieu de la saison (principalement en d\u00e9cembre et janvier). Contrairement aux autres tournois internationaux qui se tiennent en \u00e9t\u00e9, la CAN doit composer avec la m\u00e9t\u00e9o : dans la plupart des pays africains, l&#8217;\u00e9t\u00e9 de l&#8217;h\u00e9misph\u00e8re nord correspond soit \u00e0 la saison des pluies, soit \u00e0 des chaleurs trop extr\u00eames pour le sport de haut niveau. On peut citer p\u00eale-m\u00eale de nombreuses stars qui font d\u00e9faut \u00e0 leurs clubs d\u00e8s que l&#8217;hiver arrive : Lookman (Atalanta), Osimhen (Galatasaray), Hakimi (PSG) ou encore Salah (Liverpool). Dernier \u00e9l\u00e9ment en date qui illustre la discordance entre le football des clubs et le football des nations africaines: la passe d\u2019arme entre Cesc F\u00e0bregas, l&#8217;entra\u00eeneur de Como1907 et Pape Thiaw, le s\u00e9lectionneur des Lions de la T\u00e9ranga, au sujet d\u2019Assane Diao. F\u00e0bregas \u00e9tait contre la s\u00e9lection du jeune ailier gauche qui revient de blessure. Arguant a demi-mot qu\u2019une mauvaise prise en charge du joueur en s\u00e9lection pourrait avoir des r\u00e9percussions pour son club. Comme si le staff m\u00e9dical de l\u2019\u00e9quipe du S\u00e9n\u00e9gal ne serait pas suffisamment comp\u00e9tent pour g\u00e9rer cela\u2026<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><strong>Un d\u00e9fi permanent face aux instances<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>On voit bien que malgr\u00e9 l\u2019engouement qu\u2019elle suscite, la CAN reste un \u00ab caillou dans la chaussure \u00bb du football mondial. Les clubs europ\u00e9ens pestent contre sa tenue hivernale. La FIFA, elle, n\u2019est pas en reste : d\u00e8s 2016, Sepp Blatter souhaitait que le tournoi passe en \u00e9t\u00e9. Ce v\u0153u fut partiellement exauc\u00e9 lors de l\u2019\u00e9dition 2019 en \u00c9gypte (le tournoi repassera \u201c\u00e0 l\u2019heure d&#8217;hiver\u201d lors de l&#8217;\u00e9dition de 2021 au Cameroun). Quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, le passage aux ann\u00e9es impaires avait d\u00e9j\u00e0 bouscul\u00e9 le calendrier, voyant deux CAN se tenir coup sur coup (2012 au Gabon et 2013 en Afrique du Sud).<\/p>\n\n\n\n<p>Le continent doit aussi faire face \u00e0 des d\u00e9fis logistiques et sanitaires majeurs. En 2015, la Guin\u00e9e \u00c9quatoriale a d\u00fb remplacer au pied lev\u00e9 le Maroc, qui craignait l&#8217;\u00e9pid\u00e9mie du virus Ebola (le Maroc fut d\u2019ailleurs sanctionn\u00e9 pour ce d\u00e9sistement). En 2017, c\u2019est le Gabon qui a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 l\u2019organisation apr\u00e8s le retrait de la Libye, en proie \u00e0 une guerre civile sanglante.<\/p>\n\n\n\n<p>Derni\u00e8re modification d&#8217;envergure : l\u2019annonce du passage d\u2019un rythme <strong>biennal<\/strong> (tous les deux ans) \u00e0 un rythme <strong>quadriennal<\/strong> (tous les quatre ans). Apr\u00e8s l\u2019\u00e9dition de 2027 (Kenya, Ouganda et Tanzanie) et celle de 2028, le tournoi s&#8217;alignera sur le rythme de l\u2019Euro, de la Copa America et des Jeux Olympiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous l\u2019aurez compris, rien n\u2019est simple en Afrique. Mais la passion et la ferveur qui entourent cette comp\u00e9tition la portent litt\u00e9ralement. Malgr\u00e9 les pressions d\u2019un certain imp\u00e9rialisme sportif occidental qui ne dit pas son nom, la flamme du football africain subsiste, et elle n\u2019est pas pr\u00e8s de s&#8217;\u00e9teindre.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#\">Ici<\/a> la versione italienne<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le 21 d\u00e9cembre dernier, l\u2019Afrique du football retient son souffle. 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